Analyse approfondie de la croissance économique du Nigéria et du Ghana en octobre 2024
La période d’octobre 2024 s’avère cruciale pour la compréhension des dynamiques économiques au Nigéria et au Ghana. Ces deux États d’Afrique de l’Ouest, piliers du marché africain, présentent des profils économiques distincts mais complémentaires, animés par des facteurs clés tels que la politique monétaire, les investissements étrangers et les conditions climatiques exceptionnelles. Pour le Nigéria, la croissance économique affiche des signes de résilience malgré des défis récurrents, tels qu’une inflation persistante et des tensions dans le secteur agricole. Le Ghana, quant à lui, semble bénéficier d’une progression révisée à la hausse de son PIB par la Banque mondiale, tout en devant gérer les retombées économiques de la sécheresse sur son principal secteur agricole.
En 2024, le Nigéria est confronté à un ajustement de ses prévisions économiques. Selon le Fonds monétaire international (FMI), la croissance annuelle attendue a été légèrement révisée à la baisse, passant à 2,9 %, comparée à la projection initiale de 3,1 %. Cette correction est fortement liée à une production pétrolière plus faible que prévu (1,3 million de barils par jour en septembre 2024), ainsi qu’à un contexte agricole impacté par des inondations. Pourtant, les prévisions pour 2025 offrent un optimisme prudent avec un rebond estimé à 3,2 %. La Banque mondiale va même plus loin en estimant une croissance de 3,3 % en 2024 et 3,5 % en 2025, ce qui témoigne des attentes contrastées des institutions internationales vis-à-vis des capacités économiques du pays.
Au Ghana, la Banque mondiale a revu à la hausse la projection de croissance économique pour 2024, estimée désormais à 4,0 %. Cette performance remarquable s’explique par une reprise dans le secteur minier et des investissements soutenus dans les infrastructures, notamment dans la transformation locale du manganèse, une ressource stratégique pour le pays. Cependant, cette croissance est ternie par l’impact sévère de la sécheresse, qui a provoqué une perte estimée à 1,3 milliard de dollars dans les récoltes céréalières depuis 2023, particulièrement dans les régions de Savannah et du Nord. Cette situation aggrave la sécurité alimentaire et affecte fortement une large frange de petits exploitants.
La croissance économique des deux pays dépend de multiples variables externes et internes. Au Nigéria, la politique monétaire menée par la Banque centrale (CBN) reste un levier essentiel pour maîtriser l’inflation qui reste à un niveau élevé, à près de 25 % selon le FMI pour 2025. De même, la poursuite des programmes de transferts sociaux destinés aux populations vulnérables constitue un enjeu majeur pour soutenir la demande interne et stabiliser l’économie. Ce contexte contraste avec la situation ghanéenne où les efforts sont davantage concentrés sur la diversification des sources de revenus et la sécurisation des filières agricoles via l’importation de céréales et l’amélioration des infrastructures d’irrigation.
Ces tendances s’inscrivent dans une perspective plus large de dynamisation du commerce international et des investissements directs étrangers, avec des enjeux très présents, notamment lors d’événements comme le Forum d’affaires France-Nigéria prévu à Paris fin novembre 2024, qui constitue un tremplin pour renforcer les liens économiques bilatéraux et stimuler l’innovation grâce aux pôles technologiques en développement.
Impact de la politique monétaire et des réformes structurelles sur l’économie nigériane
La politique monétaire nigériane continue de jouer un rôle crucial dans la gestion des risques macroéconomiques. Face à une inflation à double chiffre persistante, la Banque centrale du Nigéria (CBN) adopte une posture orthodoxe, cherchant à contrôler les pressions inflationnistes sans freiner la croissance économique. Le ministre des Finances, Wale Edun, a souligné l’importance d’une communication claire autour des mesures réformistes, particulièrement dans le cadre de la mise en œuvre des mécanismes de transferts sociaux destinés à atténuer les effets du choc économique sur les populations les plus vulnérables.
La complexité des réformes structurelles s’illustre par les ajustements gouvernementaux récents, notamment le remaniement ministériel approuvé en octobre 2024. Le Président Tinubu a soumis un nouveau gouvernement à l’approbation du Sénat, marquant une volonté d’accélération des réformes dans les secteurs clés, dont l’industrie, le commerce et l’investissement. La nomination de Jumoke Oduwole à la tête du ministère de l’Industrie illustre une stratégie claire visant à intensifier les efforts pour rendre le Nigéria plus attractif aux investisseurs internationaux et renforcer sa présence dans les accords commerciaux régionaux, notamment la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf).
Par ailleurs, le gouvernement fédéral a pris des mesures pour contenir les prix des biens essentiels, notamment en interdisant l’exportation du gaz de cuisson (GPL) à partir du 1er novembre 2024. Cette décision vise à stabiliser les prix domestiques face à une hausse spectaculaire sur l’année écoulée, où le coût d’une bouteille de GPL de 5 kg a augmenté de 60 %, touchant lourdement le pouvoir d’achat des ménages. La mise en place par l’Autorité de régulation du secteur pétrolier nigérian d’un cadre tarifaire pour le GPL devrait aboutir à une meilleure régulation du marché, tout en favorisant des investissements dans les infrastructures critiques de stockage et distribution.
La conjoncture du marché reste néanmoins soumise à des risques externes et internes, notamment en ce qui concerne l’évolution de la production pétrolière et la stabilité politique, deux facteurs étroitement liés à la confiance des investisseurs et à la compétitivité du Nigéria dans le contexte africain global.
Nouveaux investissements dans les pôles technologiques et les MPME
L’année 2024 marque une étape importante dans le soutien au secteur technologique nigérian, avec un investissement massif de 119 millions de dollars engagé par Gluwa, un acteur sud-coréen des services numériques, et Ericsson, une entreprise suédoise. Cette enveloppe financière vise notamment la formation de 30 000 jeunes Nigérians aux compétences numériques, un levier essentiel pour consolider la position technologique du pays sur le marché mondial.
Ericsson investit pour créer un pôle technologique dédié à la formation des jeunes talents, tandis que Gluwa met l’accent sur l’accès au crédit et l’amélioration de la connectivité Internet. Dans un pays où les micro, petites et moyennes entreprises (MPME) représentent 96 % des entreprises et génèrent 84 % de l’emploi, ce soutien est fondamental pour lever les barrières à l’investissement et dynamiser la croissance inclusive.
Cette dynamique d’investissement dans l’innovation technologique s’inscrit dans le cadre plus large des Mises à jour économiques régulières relayées par le Service économique de l’Ambassade de France à Accra, qui suit de près ces évolutions dans les secteurs stratégiques.
Défis climatiques et leurs répercussions économiques au Ghana
Le Ghana fait face à une crise climatique majeure qui impacte lourdement son secteur agricole. Les épisodes successifs de sécheresse enregistrés en 2023 et 2024 ont provoqué une perte de récoltes de l’ordre de 1,3 milliard de dollars, affectant particulièrement les cultures céréalières clés telles que le maïs, le millet, le sorgho et le riz.
Ces troubles ont touché environ 1,8 million d’hectares, surtout dans les régions du Nord et de Savannah. Le rendement du maïs a chuté de 35 % en 2024, soit plus de la moitié de la production céréalière nationale, impactant plus de 2 millions de petits agriculteurs. Parallèlement, les rendements de riz, millet et sorgho ont également décliné respectivement de 25 % et environ 20 %. Ces pertes compromettent la sécurité alimentaire et augmentent la vulnérabilité des ménages encore largement dépendants de l’agriculture pour leur subsistance.
Face à ce constat, le gouvernement ghanéen est intervenu avec un programme d’urgence d’une valeur de 500 millions de dollars pour soutenir les agriculteurs. Les mesures comprennent :
- L’interdiction des exportations de céréales pour préserver l’offre locale;
- L’importation de riz et maïs pour compenser le déficit de production;
- Un soutien financier direct aux producteurs touchés, à hauteur de 1 000 GHS (64 USD) par hectare cultivé;
- La distribution d’engrais et semences résistantes à la sécheresse, ainsi que le développement d’infrastructures d’irrigation améliorées.
Le programme vise à restaurer la productivité en encourageant l’adoption de technologies agricoles durables et en renforçant la résilience face aux changements climatiques prévus dans la région. Ces efforts répondent à la nécessité d’une adaptation structurelle pour limiter l’impact des phénomènes météorologiques extrêmes sur l’économie agricole.
Plus globalement, le Ghana poursuit sa stratégie de développement économique à travers la valorisation des ressources minières, avec notamment le lancement en 2024 de la construction d’une raffinerie de manganèse d’un investissement initial de 450 millions de dollars. Cette opération vise à augmenter la transformation locale et à créer plus d’un millier d’emplois directs, renforçant ainsi la chaine de valeur industrielle dans le contexte d’une transition énergétique mondiale où le manganèse joue un rôle clé.
Tableau des pertes agricoles et investissements au Ghana (en millions USD)
| Catégorie | Montant estimé | Objectif / Utilisation | Période |
|---|---|---|---|
| Pertes récoltes céréalières | 1300 | Perte due à la sécheresse | 2023-2024 |
| Programme de soutien agricole | 500 | Soutien financier et infrastructures | 2024 |
| Construction raffinerie manganèse | 450 | Développement industriel | 2024-2026 |
Le marché africain et les enjeux du commerce international pour le Nigéria et le Ghana
Dans le paysage économique africain, le Nigéria et le Ghana sont des acteurs majeurs sur la scène du commerce international et régional. Leur position centrale au sein de la CEDEAO influence directement les flux commerciaux, les politiques tarifaires et les dispositifs d’intégration économique régionale. L’adoption de la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf) constitue une opportunité importante pour optimiser ces échanges et renforcer la croissance économique locale.
Pour le Nigéria, la mise en place de réformes industrielles et commerciales ambitieuses facilitera la pénétration sur les marchés internationaux, notamment grâce à l’amélioration de la législation, la simplification des démarches douanières et la promotion d’un environnement favorable aux investissements étrangers. La nomination récente d’experts expérimentés à la tête du ministère de l’Industrie souligne cette volonté stratégique.
Le Ghana travaille parallèlement à valoriser ses secteurs d’exportation traditionnels, en particulier le cacao, l’or et les ressources minières, tout en cherchant à diversifier ses partenaires économiques, notamment via des accords bilatéraux avec la France qui favorisent la coopération technologique et commerciale. Ces axes sont consolidés par la présence active du Service économique régional qui partage régulièrement des analyses pertinentes pour les investisseurs intéressés par ces marchés.
Une stratégie commune pour les deux pays inclut :
- La modernisation des infrastructures de transport portuaire et terrestre afin d’accélérer la circulation des biens;
- Le renforcement des institutions financières pour faciliter l’accès au crédit des PME et MPME;
- L’optimisation des cadres réglementaires pour attirer les investissements étrangers par une meilleure transparence;
- L’intégration renforcée dans les chaînes de valeur régionales et continentales via le ZLECAf;
- Le développement de secteurs technologiques innovants, notamment les fintechs et les services numériques.
Les défis restent toutefois importants, notamment liés à la gestion des risques climatiques, aux tensions sociales occasionnées par les inégalités et à la persistance d’une inflation élevée impactant les coûts logistiques. Ces éléments doivent être considérés pour évaluer la viabilité d’une croissance durable à moyen terme.
