Marie-Anne Barbat-Layani et la vision spécifique de la régulation financière française
Le 7 avril 2025, à l’Académie des sciences morales et politiques, Marie-Anne Barbat-Layani, présidente de l’Autorité des marchés financiers (AMF), a détaillé une approche profondément ancrée dans l’histoire et la culture françaises en matière de régulation financière. Cette intervention a permis de souligner le rôle de l’AMF comme gardienne d’un équilibre vital entre innovation, protection des investisseurs et intégrité des marchés.
Les marchés financiers, quoique fortement impactés par la révolution numérique, restent attachés à une géographie économique et réglementaire bien spécifique, particulièrement visible dans le cadre européen. Depuis sa création en 2003, l’AMF a incarné un modèle régulatoire français, marqué par une volonté forte d’encadrement, traduisant une certaine méfiance envers les dérives potentielles du marché.
Marie-Anne Barbat-Layani a insisté sur l’origine historique de cette régulation. En effet, contrairement au modèle anglo-saxon plus libéral privilégiant la transparence et la responsabilité individuelle, la France a perpétué une tradition interventionniste où l’État, à travers des institutions fortes, joue un rôle primordial. Cette dualité explique beaucoup des choix stratégiques et opérationnels de l’AMF, qui conjugue exigence réglementaire et soutien à l’attractivité financière de la Place de Paris.
L’AMF, créée en réponse aux crises financières nationales et pour répondre à une exigence accrue de contrôle, dispose aujourd’hui d’une organisation pluridisciplinaire composée de plus de 500 experts, qu’ils soient juristes, data scientists, ou spécialistes de la finance. Cette diversité reflète la complexité croissante des marchés et les nouveaux défis auxquels fait face la régulation.
Par exemple, la lutte contre le blanchiment d’argent, le financement du terrorisme, et la supervision des nouveaux acteurs comme les prestataires de services sur actifs numériques figurent parmi les missions accrues. Ce positionnement montre un subtil équilibre entre vigilance accrue et ouverture aux innovations financières.
Cette vision unique reflète aussi dans la gouvernance même de l’AMF, avec son Collège paritaire et son indépendance juridique et financière. Malgré un cadre très national, la coopération européenne et internationale demeure un axe fort évoqué par Marie-Anne Barbat-Layani lors de son intervention. La nécessité d’une supervision européenne plus intégrée est un enjeu important pour renforcer la compétitivité des marchés financiers européens face aux grandes places mondiales.
Les enjeux géographiques et stratégiques de la régulation des marchés financiers
Dans son discours d’avril 2025, la présidente de l’AMF a rappelé que la dématérialisation des marchés financiers depuis l’an 2000 n’a pas effacé l’importance de la notion de lieu dans la régulation et le fonctionnement des marchés. Malgré les progrès technologiques qui permettent l’échange virtuel des actifs, les marchés restent ancrés dans des juridictions spécifiques, où la réglementation locale et nationale exerce un contrôle essentiel.
La notion de frontière, qu’elle soit physique ou virtuelle, reste un paramètre stratégique. Les flux financiers sont massivement concentrés dans quelques grandes places, notamment américaines, contraintes qui influencent la souveraineté européenne en matière financière. On estime que chaque année environ 300 milliards d’euros d’épargne quittent l’Europe pour les États-Unis, ce qui met en lumière un défi crucial pour préserver l’autonomie stratégique européenne.
L’interaction complexe entre des législations parfois contradictoires, comme celles sur l’ESG entre l’Europe et les États-Unis, expose les entreprises européennes à des dilemmes juridiques majeurs. Par exemple, des restrictions américaines peuvent contredire des obligations européennes, notamment sur des sujets sensibles tels que la parité dans les conseils d’administration.
Ce contexte invite à repenser la structure de supervision au niveau européen, et à encourager la création d’une architecture qui harmonise règles et mécanismes de contrôle. C’est dans ce cadre que l’AMF intervient sur la scène européenne, contribuant notamment à la coopération entre superviseurs et à l’élaboration de normes.
Par ailleurs, l’évolution rapide des marchés, notamment avec l’essor de la finance décentralisée et des crypto-actifs, pose des défis inédits. La supposée absence de localisation physique des transactions financières numériques questionne la capacité des régulateurs traditionnels à définir un cadre efficace. Pourtant, selon la présidente, la régulation doit absolument conserver un ancrage territorial, avec des acteurs responsables et identifiés pour garantir la stabilité et la sécurité des marchés.
Enfin, la géographie financière reflète aussi des enjeux économiques et politiques profonds. La concentration de capital dans certains pôles a des impacts majeurs sur le financement des économies locales. Ainsi, réduire la fragmentation interne des marchés européens est primordial pour promouvoir un circuit d’investissement plus robuste et pour renforcer la place de l’Europe dans la compétition mondiale.
Tableau : Répartition géographique des marchés financiers incontournables (2025)
| Région | Part estimée du volume mondial | Institutions clés | Spécificités réglementaires |
|---|---|---|---|
| Amérique du Nord | 45% | NYSE, NASDAQ, SEC | Régulation stricte, prépondérance du privé |
| Europe | 25% | Euronext, AMF, ESMA | Cadres nationaux et européens, régulation public-privé mixte |
| Asie | 20% | TSE, HKEX, SFC | Fort contrôle étatique parfois, émergents en innovation |
| Autres régions | 10% | Marchés émergents et petits bourses | Régulations variées, souvent en développement |
La protection des investisseurs : un axe central et en pleine évolution
Face aux mutations rapides des marchés, la protection des épargnants demeure l’une des priorités majeures de l’AMF sous la présidence de Marie-Anne Barbat-Layani. La démultiplication des canaux d’investissement, du numérique à l’intelligence artificielle, introduit des risques spécifiques qu’il est impératif de maîtriser pour assurer la sécurité financière des particuliers.
Les comportements d’investissement se transforment, favorisés par l’émergence d’un million de nouveaux investisseurs depuis la pandémie de COVID-19, une tendance analysée en collaboration avec l’OCDE. Ces nouveaux acteurs, souvent jeunes, s’appuient beaucoup sur les réseaux sociaux et influenceurs financiers pour s’informer, et présentent fréquemment une surestimation de leurs compétences, un profil qui requiert une attention particulière.
Notamment, plus de 10 % des Français détiennent désormais directement des crypto-actifs, dépassant la proportion de ceux investissant en actions traditionnelles. Ce phénomène bouleverse les logiques d’investissement et impose un renforcement des outils pédagogiques pour limiter l’exposition aux produits à risques.
L’AMF a déployé une véritable stratégie d’éducation financière, incluant des campagnes ciblant les jeunes investisseurs, reprenant des codes issus des jeux vidéo, afin de garantir une meilleure compréhension des marchés et des risques. De plus, la multiplication des arnaques, amplifiées par le numérique et l’intelligence artificielle, rend la vigilance indispensable. Les pertes moyennes enregistrées dépassent désormais les 29 500 euros par victime, illustrant l’ampleur du défi.
Dans ce cadre, l’AMF met régulièrement en garde contre ces arnaques, informant le public avec rigueur et transparence. Ce travail se double d’efforts renforcés en matière judiciaire, en coopération étroite avec le Parquet national financier, consolidant la lutte contre les réseaux d’initiés et les fraudes sophistiquées.
Cette politique préventive et répressive est un levier structurant pour la confiance dans les marchés financiers, condition sine qua non du bon fonctionnement des écosystèmes financiers. C’est un équilibre délicat entre innovation, ouverture et protection que la présidente de l’AMF défend avec constance.
Finance durable et lutte contre le greenwashing : un défi de transparence mondial
La transition écologique place la finance durable au cœur des préoccupations internationales et européennes, un thème majeur de l’intervention de Marie-Anne Barbat-Layani. Les marchés financiers doivent fournir aux investisseurs une information fiable et compréhensible sur les engagements environnementaux et sociaux des entreprises.
La réglementation européenne apparaît ambitieuse mais complexe à mettre en œuvre. La présidente de l’AMF souligne la nécessité d’un langage commun définissant clairement les notions d’investissement durable, ainsi que d’outils de vérification rigoureux afin d’éviter les pratiques d’éco-blanchiment, souvent qualifiées de greenwashing.
Un récent mouvement de simplification est en cours, visant à réduire de 80 % le nombre d’entreprises soumises au reporting de durabilité et à alléger les exigences, accompagnant le secteur financier dans un ajustement indispensable. Cependant, les divergences internationales compliquent la création d’une norme véritablement universelle, ce qui fragilise la crédibilité des engagements présentés aux épargnants.
Dans ce cadre, l’AMF joue un rôle de régulateur actif, sanctionnant les cas d’information trompeuse et accompagnant l’adaptation des acteurs financiers. Le combat contre le greenwashing est aussi lié à la protection des investisseurs, car une communication biaisée compromet la qualité des décisions d’investissement.
Le contrôle du reporting extra-financier devient un levier stratégique, tant pour encourager la transition que pour pérenniser la confiance des marchés. La présidente de l’AMF insiste sur le fait que la finance doit être un acteur central de la transformation environnementale, sous le prisme d’une régulation efficace et d’une supervision transparente.
Liste des engagements prioritaires pour une finance durable crédible
- Clarification des critères d’investissement durable avec des référentiels uniformes
- Renforcement du contrôle et des sanctions contre le greenwashing
- Soutien aux entreprises pour la production d’informations fiables et auditées
- Encouragement des investisseurs à intégrer les critères ESG dans leur stratégie
- Promotion d’une culture de transparence dans toute la chaîne de valeur financière
L’innovation et l’avenir de la régulation dans la finance numérique
Marie-Anne Barbat-Layani a également insisté sur la nécessité pour l’AMF d’accompagner l’innovation au sein du secteur financier. La France, reconnue pour son dynamisme dans la création technologique, développe un cadre réglementaire précis qui encourage les initiatives tout en assurant la sécurité et la conformité des activités.
Depuis la loi PACTE, le pays dispose d’un dispositif législatif pionnier d’encadrement des crypto-actifs, repris désormais au niveau européen. L’AMF a ainsi un rôle essentiel dans la supervision des prestataires de services sur actifs numériques et dans la validation de projets innovants, tout en veillant au respect des règles pour protéger les investisseurs.
Par ailleurs, la révolution de l’intelligence artificielle impacte la finance tant sur la gestion des risques que sur la commercialisation de produits. La structure a instauré une feuille de route en IA pour optimiser la surveillance des marchés tout en imposant aux acteurs l’obligation d’agir dans l’intérêt des clients, en intégrant cette technologie sans failles éthiques.
Outre la technologie, la régulation s’adapte à de nouvelles formes de marchés, notamment la finance décentralisée. Cette dernière remet en question les schémas classiques de contrôle par l’absence d’intermédiaires identifiés et soulève de multiples défis pour les autorités de supervision.
La présidente a précisé que cette évolution oblige à une collaboration internationale renforcée. L’AMF s’appuie sur son rôle au sein d’organisations internationales pour partager expériences et standards, tout en développant son expertise interne afin d’être réactive face à ces innovations disruptives.
Liste des axes prioritaires pour soutenir la régulation de l’innovation financière
- Encadrement clair et adapté des crypto-actifs
- Déploiement de solutions basées sur l’intelligence artificielle pour la surveillance
- Collaboration engagée avec les régulateurs internationaux
- Formation et développement des compétences internes en nouvelles technologies
- Soutien à un cadre réglementaire flexible favorisant la compétitivité française
