ENTRETIEN EXCLUSIF : L’ombre du chômage se profile à nouveau ! Eric Heyer alerte sur l’échec probable de l’objectif de plein emploi fixé pour 2027.

Michel Morgan

janvier 14, 2026
Economie

Les raisons derrière l’alerte d’Eric Heyer sur la montée du chômage en 2026

Alors que l’objectif officiel de parvenir au plein emploi d’ici 2027 semblait ambitieux mais atteignable il y a encore quelques années, l’économiste Eric Heyer, directeur du département Analyse et Prévision à l’OFCE, tire aujourd’hui la sonnette d’alarme. L’analyse fine du marché du travail en France révèle que cette ambition pourrait s’effondrer face à des disparités économiques profondes et des tendances négatives.

Les dernières données montrent une accélération des destructions d’emplois : après une perte annuelle de l’ordre de 100 000 postes pendant deux trimestres, ce rythme semble s’amplifier avec une projection d’environ 150 000 emplois détruits prochainement. Ce phénomène est étroitement lié au contexte macroéconomique actuel, marqué par une croissance faible voire stagnante, des défis structurels, et une conjoncture incertaine.

Plusieurs facteurs expliquent ce retournement spectaculaire. Pendant près de cinq ans, une dynamique positive d’emploi s’appuyait notamment sur des aides massives à l’apprentissage. Cet effort a permis de tripler le nombre d’apprentis, passant de 300 000 à près d’un million. Or, la réduction progressive de ces dispositifs fragilise la pérennité de nombreux postes récemment créés.

Cette situation est d’autant plus préoccupante que la « zombification » de l’économie, un phénomène où des entreprises en grande difficulté survivent grâce à des aides temporaires, atteint ses limites. Les plateformes de prêts garantis par l’État (PGE) mises en place durant la crise sanitaire ont retardé un ajustement économique nécessaire. Ces entreprises fragiles, désormais contraintes de rembourser leurs dettes, voient leur probabilité de faillite s’élever, amplifiant le risque de chômage.

D’autre part, nombre d’entreprises ont maintenu leurs salariés malgré un ralentissement de l’activité, soutenues à la fois par le chômage partiel et par une inflation qui justifiait des coûts salariaux plus élevés. Cette stratégie d’optimisme prudent s’effrite désormais face aux réalités économiques : pour équilibrer leurs bilans, les entreprises procèdent à des suppressions de postes massives.

Un rapport récent illustre cette problématique et suggère que le taux de chômage pourrait approcher 8 % d’ici la fin de 2025, selon les prévisions de l’OFCE, ce qui traduit un net recul par rapport aux attentes officielles et aux espoirs gouvernementaux. Cette tendance inquiète aussi nombre d’observateurs sur le plan européen, amplifiant les doutes sur la robustesse de la reprise et la solidité du marché du travail français.

Le plein-emploi, objectif inaccessible d’Emmanuel Macron évoque déjà ce scénario difficile pour expliquer pourquoi la France n’atteindra pas son objectif initial.

En se basant sur ces analyses, il apparaît que les chiffres vanteurs affichés par les autorités ne reflètent plus la réalité du terrain, avec un impact direct sur les ménages, la consommation, et la confiance des entreprises. Une volumineuse hausse de demandeurs d’emploi s’inscrivant à France Travail témoigne de cette tendance au renforcement du chômage.

Les limites de la politique de l’offre et l’échec de l’objectif 2027

Depuis plusieurs années, la politique économique française a majoritairement misé sur la dynamique de l’offre pour créer de l’emploi. Cette approche consiste à renforcer les entreprises via des aides financières massives, dans l’espoir que la croissance et la création d’emplois en découleront naturellement. Pourtant, où en sommes-nous réellement en 2026 ?

Les faits tendent à démontrer l’inefficacité de cette stratégie : la compétitivité n’a pas sensiblement progressé malgré sept années d’efforts et d’investissements publics. La croissance économique ne s’est pas accélérée et, paradoxalement, la productivité globale s’est affaiblie. La théorie dite du ruissellement, selon laquelle les bénéfices accordés aux entreprises se répercuteraient automatiquement positivement sur l’emploi et les salaires, demeure invérifiée sur le terrain français.

Eric Heyer alerte sur cet échec des politiques de l’offre qui, au lieu d’inciter durablement les embauches, paraît engendrer des effets limités, voire contre-productifs, en période de doute économique. Même les dispositifs d’accompagnement les plus novateurs, tels que les aides à l’apprentissage précédemment évoquées, sont remis en question avec des réductions affecting l’emploi futur.

Un des enjeux majeurs réside aussi dans le facteur humain : les chefs d’entreprise hésitent désormais à recruter en raison d’une conjoncture incertaine. Carnets de commandes peu remplis et perspectives moroses freinent l’embauche plutôt qu’ils ne l’encouragent. Le double effet d’une croissance ralentie et d’une demande faible aggrave donc la situation.

Face à ces limites, certains experts et acteurs économiques demandent une révision profonde de la stratégie nationale en matière d’emploi. Le retour à un modèle moins tourné exclusivement vers l’offre, avec un soutien accru de la demande intérieure, semble aujourd’hui incontournable.

Le courant économique qui préconisait une austérité stricte sans mesure compensatoire est désormais largement remis en question, notamment dans le contexte actuel où la réforme de l’assurance chômage fait débat et risque d’alourdir la pression sur les populations vulnérables.

Une remise en cause profonde des mécanismes d’intervention économique s’avère essentielle pour éviter que le taux de chômage n’atteigne des niveaux critiques en 2027.

Analyse comparative avec d’autres pays européens

En comparant la situation française avec celle des autres États membres de la zone euro en 2026, on observe une fracture notable entre le Nord et le Sud. La France affiche un taux de chômage élevé, proche de la moyenne haute, tandis que des pays comme l’Allemagne flirtent presque avec le plein emploi. Ce contraste reflète des différences structurelles importantes au niveau économique, social et politique.

Les pays du Sud, tels que l’Espagne ou l’Italie, continuent par ailleurs de subir un chômage supérieur à la moyenne européenne, remarquant une fracturation marquée au sein de la zone. Cette divergence incite à réfléchir sur les politiques à adopter, en particulier sur la nécessité d’un pilotage plus adapté aux spécificités nationales.

Les conséquences sociales et économiques du retour probable du chômage à la hausse

Le spectre d’une nouvelle hausse du chômage en France ne concerne pas uniquement les statistiques et les chiffres. Ses implications sont profondes pour l’ensemble de la société et de l’économie. Une croissance du chômage à proximité de 8 % induirait des impacts forts et durables, notamment :

  • Perte de pouvoir d’achat : Avec plus de personnes sans emploi ou en situation précaire, la consommation s’en trouverait directement affectée, ce qui risquerait d’aggraver la stagnation économique.
  • Augmentation des dépenses publiques : Le financement des allocations chômage et des dispositifs sociaux nécessaires deviendrait encore plus lourd, mettant sous pression les finances publiques dans un contexte déjà tendu.
  • Tensions sociales : Les zones les plus touchées pourraient connaître une hausse des tensions locales, avec des risques accrus de mouvements sociaux et une demande toujours plus forte pour des mesures de soutien.
  • Baisse de la confiance générale dans le marché du travail, ce qui pourrait renforcer l’attentisme des employeurs et retarder encore davantage les embauches nécessaires.

Ces conséquences incitent à la prudence et à une mobilisation rapide des acteurs économiques et politiques, afin de limiter l’impact d’un phénomène social très lourd. Le poids du marché du travail sur l’ensemble du tissu économique souligne l’importance de mesures efficaces et coordonnées.

La nécessité de concilier politique budgétaire et soutien à l’emploi est au cœur des débats, surtout à l’heure où le gouvernement envisage un effort d’austérité budgétaire. Le débat sur la pertinence d’un tel effort, envisagé entre 1,5 et 2 points de PIB, fait face aux recommandations plus modérées de la Commission européenne. Des voix alertent sur le risque d’un effet ajouté dévastateur sur l’emploi.

Il devient donc crucial d’évaluer toutes les options pour conjurer cette menace de manière coordonnée et efficace.

Pourquoi une réforme de l’assurance chômage n’est pas une solution adaptée en ce moment

Dans le contexte économique actuel, avec un marché du travail en pleine mutation et une volatilité importante, Eric Heyer et de nombreux experts s’accordent à dire que toute réforme de l’assurance chômage serait contre-productive si elle est mise en œuvre sans discernement.

Une réforme devrait normalement viser à favoriser la reprise de l’emploi et non à pénaliser davantage ceux qui perdent leur travail dans une phase de contraction économique. En effet, dans un environnement où les entreprises réduisent leurs effectifs à cause d’un ralentissement marqué de l’activité, resserrer les conditions d’indemnisation pourrait aggraver précarité et tensions sociales, sans améliorer la situation du marché du travail.

L’exemple des dernières propositions gouvernementales montre un risque réel de logique « folle » à ce niveau, selon Eric Heyer lui-même. Il plaide pour un gel temporaire des réformes structurelles, en attendant une reprise plus solide.

L’essentiel aujourd’hui est de privilégier des mesures qui restaurent la confiance des chefs d’entreprise pour relancer les embauches, plutôt que des réformes pénalisantes ou inadaptées. Cela inclut également le maintien de dispositifs de soutien ciblés et adaptés à l’évolution rapide de la conjoncture, afin d’amortir la chute sur l’emploi et d’éviter un chômage plus élevé.

Quelles solutions pratiques pour freiner la hausse du chômage et se rapprocher du plein emploi ?

Pour limiter la progression du chômage, plusieurs pistes fortement pragmatiques peuvent être envisagées. Tout d’abord, il faut rétablir une dynamique économique rassurante pour les entreprises. Nos enquêtes révèlent que le frein majeur à l’embauche tient à une absence de perspectives solides : carnets de commandes insuffisamment remplis, anticipation d’une activité atone.

La mise en place d’un cadre économique stable, avec un soutien budgétaire calibré, semble de ce fait indispensable. L’alignement sur les recommandations de la Commission européenne, qui conseille un effort de 0,6 à 0,7 point de PIB, apparaît plus adéquat au regard des risques liés à un effort d’austérité démesuré proposé par le gouvernement.

Par ailleurs, il serait judicieux d’adopter une politique favorisant :

  1. Le renforcement des formations professionnelles et de l’accompagnement des chômeurs pour leur réinsertion rapide, notamment via des formations adaptées aux besoins contemporains des entreprises.
  2. Une meilleure régulation des dispositifs d’aide à l’embauche, afin d’éviter une fragilisation simultanée due à une réduction prématurée des soutiens, notamment dans l’apprentissage.
  3. Le développement d’un dialogue social constructif pour anticiper les plans sociaux et favoriser des solutions alternatives à la suppression systématique de postes.
  4. Une gestion plus prudente de la dette des entreprises qui doivent bénéficier d’un accompagnement mesuré pour éviter des faillites massives encore plus impactantes sur le marché du travail.

L’application cohérente de ces mesures, combinée à une gestion responsable des politiques publiques, serait un premier rempart pour éviter l’aggravation des difficultés.

Facteurs de tendance chômageImpact estiméAction recommandée
Réduction des aides à l’apprentissageFragilisation des nouveaux emploisMaintenir ou adapter les dispositifs
Augmentation des faillites d’entreprises « zombies »Hausse du chômage structurelAccompagnement financier ciblé
Gel des embauches lié aux perspectives économiquesFrein à la création d’emploiStabilisation budgétaire, soutien à la demande
Réformes de l’assurance chômage inadaptéesAggravation de la précaritéGel temporaire des réformes

En résumé, la route vers le plein emploi fixé pour 2027 s’annonce semée d’embûches. La nécessité d’une analyse fine et d’une action gouvernementale pragmatique est donc plus que jamais d’actualité pour limiter l’impact social et économique du chômage.

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