Banques : Bank Al-Maghrib s’apprête à introduire un marché secondaire pour les créances non recouvrées, offrant une opportunité de recyclage de 10 milliards de dollars.

Michel Morgan

janvier 14, 2026
Marchés

Bank Al-Maghrib et la création du marché secondaire : un tournant pour le secteur bancaire marocain

Bank Al-Maghrib se tient aujourd’hui au cœur d’une transformation majeure pour le système bancaire marocain avec la préparation du lancement d’un marché secondaire dédié aux créances non recouvrées. Cette initiative, qui s’inscrit dans un contexte économique marqué par une accumulation significative d’impayés, offre une opportunité unique de recyclage financier estimée à près de 10 milliards de dollars. Cette réforme vise à libérer des capacités financières importantes pour les banques marocaines tout en structurant un écosystème d’investisseurs spécialisés capable de dynamiser la dette bancaire et encourager la restructuration de créances.

Le marché secondaire des créances en souffrance permettra ainsi aux établissements financiers de céder ces actifs généralement illiquides à des investisseurs professionnels, à des prix négociés, favorisant le désengagement des banques et améliorant leur solvabilité. L’élaboration de ce marché s’appuie sur une concertation large réunissant l’ensemble des parties prenantes, sous la houlette de Bank Al-Maghrib, qui pilote aussi la réforme en collaboration avec des partenaires internationaux comme la Société Financière Internationale (SFI). Cette dernière apporte un appui technique crucial à la mise en œuvre des nouvelles dispositions réglementaires et organisationnelles.

La mise en place d’un tel marché est donc une réponse adaptée aux défis actuels du secteur bancaire marocain, en particulier la gestion du stock de créances en souffrance qui reste élevé, limitant les capacités de financement des banques. Cette initiative reflète une volonté affirmée de moderniser le cadre légal et opérationnel des transactions sur actifs non performants et ouvre la voie à un marché innovant où la dette bancaire peut être valorisée et restructurée efficacement.

Le poids des créances non recouvrées et leurs impacts sur les bilans bancaires

Le montant actuel des créances non recouvrées détenues par les banques marocaines avoisine les 98 milliards de dirhams, soit environ 8,6 % du portefeuille de crédits et près de 7 % du PIB national. Cette accumulation s’explique en grande partie par une conjoncture économique complexe, où les entreprises et les ménages rencontrent des difficultés accrues à honorer leurs dettes, et par des contraintes fiscales strictes pesant sur les provisions pour pertes.

Un facteur clé qui retient ces créances dans les bilans bancaires est la contrainte de la déduction fiscale conditionnée à une détention d’au moins cinq ans avant la prise en compte des provisions, imposée par la Direction Générale des Impôts. Ce délai, s’il protège les revenus fiscaux à court terme, constitue néanmoins un frein important au désengagement rapide et à la restructuration de ces actifs non performants. Ce mécanisme complexifie la gestion comptable et affecte négativement la liquidité ainsi que les ratios de solvabilité des banques.

Les conséquences de cette situation sont multiples :

  • Compression des fonds propres : L’encombrement des bilans par des créances douteuses réduit la capacité des banques à octroyer de nouveaux crédits, freinant ainsi la croissance économique.
  • Risque accru : Une exposition prolongée aux créances à risque accentue la vulnérabilité du secteur bancaire lors des cycles économiques dégradés.
  • Effets sur la confiance : La persistance d’un stock important de créances non recouvrées peut affecter la perception des investisseurs et des partenaires financiers internationaux.

Face à ces défis, la mise en place d’un marché secondaire dédié représente une solution technique innovante permettant de faciliter la circulation de ces actifs. En offrant aux banques une porte de sortie viable, ce dispositif va contribuer à alléger leurs bilans, rétablir leurs marges de manœuvre financières et impulser la restructuration de créances dans un cadre transparent et réglementé.

Pour en savoir plus, il est utile de consulter des analyses détaillées sur le marché des créances en souffrance et les perspectives ouvertes par cette tendance.

Fonctionnement et cadre juridique du marché secondaire des créances en souffrance

La création d’un marché secondaire pour les créances non recouvrées implique une refonte complète des modalités juridiques et financières encadrant la transaction de ces actifs. La réforme annoncée introduit notamment une simplification décisive des processus de cession, levant les obstacles sociaux et juridiques classiques, tels que l’exigence précédente du consentement privatif du débiteur pour la réaffectation de sa dette.

Cette innovation législative, portée par un projet de loi actuellement en phase finale d’adoption, facilite l’intervention d’acteurs spécialisés dans le secteur, à savoir :

  1. Les investisseurs institutionnels et internationaux, apportant des flux de capitaux essentiels et des expertises approfondies en matière d’évaluation et de gestion des risques.
  2. Les fonds dédiés à la restructuration de créances, équipés pour optimiser le recouvrement tout en maximisant la valeur des actifs acquis.
  3. Les sociétés de gestion tierces, jouant le rôle de courtiers ou d’agents habilités à orchestrer les échanges et assurer la transparence des opérations.

Le cadre réglementaire prévoit également l’instauration d’un référentiel de valeur pour ces créances et la mise en place de plateformes de négociation électroniques sécurisées, garantissant la fluidité et la traçabilité des transactions. En parallèle, Bank Al-Maghrib supervise le respect des normes prudentielles et comptables pour encadrer ce dispositif.

Voici un tableau récapitulatif des principales caractéristiques réglementaires prévues :

AspectDescriptionImpact attendu
Cession sans consentement du débiteurLevée de l’obligation préalableAccélère les transactions et réduit les délais
Détermination de la valeurNégociation transparente entre vendeurs et acheteursOptimisation des prix et meilleure liquidité
Investisseurs spécialisésOuverture à des opérateurs institutionnels et internationauxDiversification et professionnalisation du marché
Supervision par Bank Al-MaghribSuivi des normes prudentielles et comptablesRenforcement de la confiance et de la stabilité

Pour approfondir les enjeux de cette réforme, le site offre une excellente ressource sur le projet de loi dédié qui balaie en détail les nouveautés juridiques et leurs impacts potentiels.

Les investisseurs et la structuration du marché des créances non recouvrées

La réussite de ce marché secondaire repose largement sur l’alignement des intérêts des banques cédantes avec ceux d’une nouvelle catégorie d’investisseurs spécialisés. Ces derniers vont jouer un rôle de premier plan dans la valorisation et la restructuration des créances en souffrance, contribuant ainsi à la reconfiguration dynamique de la dette bancaire et à son recyclage financier. Cette évolution introduit une dynamique d’investissement inédite dans le paysage financier marocain.

Les investisseurs internationaux, notamment ceux issus de la Société Financière Internationale, apportent non seulement des capitaux, mais aussi des méthodes reconnues d’analyse et de gestion des actifs à risque. Ils feront bénéficier le système bancaire marocain de standards mondiaux et d’un savoir-faire avancé.

Le mécanisme prévoit que les transactions s’opèrent selon des critères transparents, avec des négociations ouvertes qui déterminent la valeur réelle des créances, en tenant compte de leur qualité, de leur ancienneté, et des possibilités de recouvrement. Cela permet une meilleure allocation des ressources et limite la fuite d’actifs improductifs dans les bilans.

Voici une liste résumant les avantages pour le secteur bancaire marocain à travers ce marché :

  • Allègement des bilans favorisant la libération de fonds propres et la capacité de prêt.
  • Développement d’un véhicule d’investissement innovant, attirant des capitaux diversifiés.
  • Optimisation du recouvrement par des acteurs spécialisés dédiés, augmentant la valeur finale des créances.
  • Renforcement de la stabilité financière grâce à une meilleure gestion des risques.
  • Création d’opportunités d’emploi dans les services financiers et la gestion d’actifs.

Le site Infomediaire détaille bien cette nouvelle classe d’investisseurs et décrit comment leur engagement peut transformer la dynamique du marché.

Perspectives et implications économiques du marché secondaire des créances en souffrance

Le lancement du marché secondaire des créances non recouvrées constitue une avancée stratégique avec des retombées attendues sur toute l’économie marocaine. En permettant aux banques de recycler jusqu’à 10 milliards de dollars d’actifs, cette réforme va stimuler les capacités de financement et accélérer la dynamique d’investissement dans le pays, dans un contexte marqué par des incertitudes économiques persistantes et une inflation maîtrisée.

À moyen terme, cette mécanisme devrait atténuer la croissance naturelle du stock de créances douteuses liée à l’augmentation des encours de crédit. En effet, la volonté de Bank Al-Maghrib d’accompagner ce marché avec de nouvelles circulaires réglementaires, notamment sur la classification des créances, contribuera à une gestion proactive des risques bancaires et à une meilleure anticipation des pertes potentielles.

La réforme aura également un impact favorable sur :

  • La compétitivité du secteur bancaire marocain, en encourageant une meilleure allocation des ressources et en attirant de nouveaux investisseurs.
  • La confiance des marchés financiers, par la transparence instaurée dans la cession des créances et le renforcement des dispositifs de surveillance.
  • Le financement des entreprises et des ménages, grâce à la libération de marges opérationnelles des banques.
  • La diversification des produits financiers en introduisant des instruments liés aux créances en souffrance.

Un suivi rigoureux de la mise en œuvre du projet est conduit par un comité interministériel associant Bank Al-Maghrib et plusieurs acteurs publics, garantissant un pilotage efficace. Cette nouvelle infrastructure de marché est également soutenue par le développement d’outils technologiques modernes pour faciliter les échanges et la gestion des risques.

Pour comprendre ces perspectives dans le détail, le site Le Brief propose un excellent dossier sur le sujet.

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